13 notes sur le financement d’une Startup

Ces notes sont inspirées du texte de Chris Dixon (@cdixon), grand évangéliste influent de la sphère des leveurs de fonds américains.

Bien entendu, ses conseils ne sont pas entièrement transposables en Europe francophone, où les investisseurs ne cherchent pas facilement d’autres produits que ceux que leur banquier privé leur propose.

Au delà de ses conseils, j’y ai ajouté quelques fruits de mon expérience. Je suis en effet actif dans la création d’entreprises depuis 2005, et j’ai comme principe de faire plutôt appel à des investisseurs privés plutôt que des financements publics. Je ne juge toutefois pas ici la formule de financement public car je respecte énormément ceux qui bravent la bureaucratie. Ils se confrontent contre l’over-pragmatisme déconcertant que peut avoir une administration lorsqu’il s’agit de juger de la viabilité financière d’un projet d’innovation (i.e. qui sort de la boite). 

Voici quelques points sur le ‘Venture Financing’ qui sont applicables au jeune entrepreneur belge qui aurait envie de proposer son projet à des investisseurs tels que Laurent Minguet, Luc Pire, ou moi-même (dans une moindre mesure):

1. Idéalement, il est mieux de ne pas avoir besoin de financer en externe votre projet. Notamment si vous disposez déjà d’un produit avec modèle économique, d’utilisateurs, ou de clients (l’attitude ‘rien à perdre’ permet d’ôter une belle partie de la nervosité). Disposer d’un succès passé lors de la création d’une startup ou venir d’une position exécutive dans une société aide aussi beaucoup;

2. En présumant que ce n’est pas le cas, il est très difficile de trouver des financements, même si beaucoup de “gourous” auto-proclamés tentent de vous vendre des livres- ou leurs conseils- sous le fallacieux prétexte que cela rendra la tâche facile;

3. Lever des fonds est un processus de momentum. Dès que vous quittez l’inertie en accumulant quelques petites parties de capital, vous profitez d’une accélération de l’intérêt d’investisseurs *. Le plus difficile est de trouver des investisseurs “d’ancrage”, qui vont s’engager sur des capitaux relativement important (> 100k€) et qui sont respectés dans la communauté des affaires du pays (Belgique ou France) et, si possible, dans le secteur que vous convoitez;

4. Les investisseurs, y compris les banquiers, aiment attendre le plus longtemps possible avant de libérer l’investissement. Alors que pour vous, l’investissement doit arriver au plus vite. Il n’y a pas grand chose de modifiable dans cette règle empirique, si ce n’est qu’il faut garder la règle suivante en tête: “c’est quand on n’en a pas besoin qu’il faut demander de l’argent à un investisseur ou à une banque”;

5. Gérez votre réseau de façon active:

  • Assurez-vous qu’une recherche Google vous met en valeur (en Technologie, c’est la première impression que vous donnez de vous, avant même le 1er coup de fil);
  • Soyez impliqué dans la communauté locale (ex: Café Numérique, Betagroup). Rejoignez les meetups, organisez de petits événements locaux, devenez un hub dans le paysage Social/Tech;
  • Rencontrez le plus d’entrepreneurs et d’investisseurs possibles. Les entrepreneurs sont souvent très accessibles et vous permettent de vous introduire chez les investisseurs de façon chaleureuse;
  • Refusez toute tentative d’extorsion d’argent sous prétexte d’une intro;
  • Les Cercles (tels que le Cercle de Wallonie) et Chambres de Commerce sont des endroits où vous pouvez rencontrer vos pairs mais aussi des investisseurs potentiels. Veillez toutefois à ne pas polluer les activités par de la ‘vente-à-tout-prix’.
  • N’ayez pas peur des rejets lorsque vous forcez un peu le passage vers l’investisseur potentiel. L’investisseur qui a batti ses fonds sur des succès passés, se reflète en général dans le jeune hargneux que vous êtes;
  • Special Wallonie: A l’exception de l’obtention de subsides, méfiez-vous des conseils en gestion des agents de couveuses (ou Business Angels sans référence) si ils n’ont aucune expérience de création d’entreprise (l’expérience se limitant à un bagage scolaire est tout à fait insuffisant en Belgique et en France). Choisissez plutôt de “porter la mallette” d’un entrepreneur expérimenté pendant quelques temps.

6. Placez-vous à la pointe de votre industrie: lisez TechCrunch, Mashable et toute autre référence américaine qui concerne votre secteur. En le faisant, vous pratiquerez votre anglais, tout en gardant une certaine longueur d’avance sur l’Europe. Il y a toutefois des exceptions à la règle ‘America on top’ **. Aussi, faites des recherches sur l’investisseur que vous allez rencontrer et sachez parler de ses produits. Ils adorent de rencontrer des utilisateurs enthousiastes;

7. Combien lever ? Cela vaut un article entier… Mais de prime abord, il vous faut au moins de quoi subsister pendant la période d’introduction de votre produit (généralement entre 6 mois et un an). Il faut aussi compter votre salaire afin de ne pas être tenté (ou forcé) à devoir travailler en parallèle de la création de la startup. En général, les investisseurs aguerris paient de quoi “vester” (de vesting ***) votre projet. La dernière chose dont a besoin une startup est de perdre son entrepreneur dont l’idée de départ est le flambeau;

8. Quels termes devez-vous espérer ? Vaste question nécessitant aussi un article entier (voire 15) mais trouvez déjà ici les termes idéaux tels que décrits par Chris Dixon;

9. Types de capitaux:

  • Venture Capitalists: ils ont les poches remplies, mais leurs termes peuvent causer certains risques (assurance de récupérer 2 fois la somme de départ en cas d’échec, etc.);
  • Experts de l’industrie: ils sont très intéressants en complément des investisseurs Tech. Ils apportent, en plus des fonds, une certaine aide et un certain réseau;
  • Non-Strategic Angels: (Gens riches sans expertise) n’aideront sans doute pas autant qu’un expert mais sont bien plus patient;
  • Tech Angels/Seed Funds: ils sont bien plus concernés par les rendements et sont plutôt conseillés lors des 2emes round de financement;
  • Subsides des régions: requierent une certaine bureaucratie mais ont l’avantage de ne pas infliger de risques financiers accrus à l’investisseur.

10. Votre Présentation / Pitch (petit speech):

  • Disposez d’un nombre réduit et concis de slides plutôt qu’un Business Plan de 50 pages (voir l’article ‘Vous avez dit Business-Plan?’ de @benoitmaquet);
  • Présentez-vous d’abord ensuite l’idée;
  • Présentez directement l’objectif et la valeur, pas la méthode;
  • Evaluez le marché de façon figurative, pas en lançant des chiffres.

11. Les co-fondateurs sont essentiels à votre support moral. Trouvez des partenaires qui vous complètent. Décidez sur les responsabilités, la répartition des parts et documentez le de façon formelle. (Les documents légaux ne blessent jamais l’amitié - ils la préservent);

12. Des incubateurs comme le Betagroup à Bruxelles et CréaPME à Liège peuvent grandement aider. D’expérience, travailler dans un espace CoWorking (contactez @ramonsuarez) permet aussi de trouver d’autres entrepreneurs qui peuvent vous aider à combler la ‘solitude du chef d’entreprise’;

13. Le mot le plus sexy pour les investisseurs: sur-souscrit (oversubscribed). Il est parfois une bonne tactique de démarrer un plus petit round de financement que ce que vous voulez réellement. 

Stephan Pire
 Twitter: @stephanpire
 LinkedIn:http://be.linkedin.com/in/stpire 

… OK c’était long, et ce n’est pas vraiment mon genre de vous emmener si bas dans les ‘scrolls’ (moi et ma règle des 3 paragraphes maximum…). Mais je crois fermement que le financement est la clé qui aidera nos jeunes aspirants entrepreneurs à pouvoir se lancer et de créer leur propre emploi (et d’autres). 

*. Paul Graham dit “De loin la plus grande influence sur l’opinion d’un investisseur est l’opinion d’autres investisseurs. N’importe quel fondateur de startup vous dira que la question la plus courante lors d’un premier rapport avec un investisseur n’est pas à propos du fondateur ou du produit, mais ‘qui d’autre investit?’”

**. Si votre secteur est le jeu vidéo, mobile ou console, la France est pionnière dans bien des aspects. Si votre secteur est la traduction en ligne, il doit rester quelques bouts de documents techniques brûlés par Leernout & Hauspie à la Flanders Silicon Valley.

*** Vesting: clause systématiquement présente sur une ‘Term Sheet’ de Venture Capitalist, qui assure que le fondateur accompagnera le démarrage de la startup pendant le plus longtemps possible. En effet, une fois que le capital du fondateur est dilué, il n’est pas rare de le voir quitter le navire pour créer son propre projet personnel avec les fonds récoltés lors des rounds d’investissements. Cette clause permet d’éviter cela.

Source : cdixon.org

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